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Claude Vercey pour la revue Décharge

 

Ai-je eu l’occasion de signaler l’attribution du prix Mallarmé 2019 à Claudine Bohi pour Naître c’est longtemps , paru en 2018 à La Tête à l’envers, dernier livre en date de cette auteure dont j’ai rendu compte ici (dans l’I.D n° 792) ? Un indice de plus, à ne pas surestimer sans doute, mais qu’il convient cependant de relever, qui confirme l’importance d’une œuvre attachante, que viennent d’enrichir coup sur coup deux nouvelles publications ( entre temps, Jacmo a inscrit parmi ses Indispensables [1] : Ce je en nous qui erre, paru chez Mazette.).

 

Ce dernier livre aussi bien, et les deux auxquels s’attache le présent article, montrent dans le même temps des constances dans le développement de cette poésie, ne serait-ce que la fidélité de l’auteure à ses éditeurs : L’herbe qui tremble pour L’Enfant de neige, La Tête à l’envers pour Rêver réel, et aux artistes peintres appelés à accompagner ses écrits : Anne Slacik ici, Germain Roesz là ; et aussi la volonté de l’auteure de diversifier les matières de ses deux derniers livres, de se risquer ce faisant vers des terres qui lui restaient jusqu’ici inconnues. Ainsi, L’Enfant de neige s’inscrit dans la continuité de Naître c’est longtemps, en une exploration, qui lui est familière, du cosmos intérieur, quand Rêver réel s’attache à des faits rapportés par la science dans la connaissance de l’univers, mettant à profit le temps d’une résidence [2], et l’occasion d’une rencontre avec l’astrochimiste et exobiologiste Cyril Szopa, qui envoie la poète rêver (puisque la science, c’est pour rêver, affirme-t-elle) au petit robot Curiosity travaillant sur la planète Mars :

 

Les hommes sont des êtres de lointain
Sillonnant l’espace, reculant l’infini.

 

Cherchant le secret de Mars la Rouge.

 

Ou bien descendant en eux-mêmes
la bougie de Bachelard à la main

 

éclairant leurs profondeurs avec des mots.

 

(Rêver réel)

 

Malgré tout, plutôt que lorsqu’elle revient aux grandes questions existentielles (Qui sommes-nous ? / D’où venons-nous ? / Où allons-nous ? / Où pouvons-nous aller ? ), c’est quand elle cherche en elle-même, regarde à l’intérieur, que Claudine Bohi continue de toucher au plus juste, dans une quête fructueuse de découverte et de création d’images signifiantes. La question de Zeno Bianu, placé en exergue à la quatrième partie de L’Enfant de neige, éclaire la démarche :

 

Quel est ce lieu
où la naissance du monde
écoute à l’intérieur de nous

 

Et la poète d’écrire, en une forme de réponse :

 

neige
quelqu’un revient
sur ses propres pas

 

cherche dans cet oubli blanc
ce qui lui fut donné
parlé

 

avant les mots peut-être

 

dans cet endroit
où il s’inventa lui-même

 

quelqu’un

Continuons à nous laisser guider par Claudine Bohi, vers cet inépuisable qui sans cesse nous appelle / qui nous recommence …

 

[1] - repris par la suite dans ses Diaphragmes de Décharge 186.

[2] – à Saint-Quentin-en-Yvelines l’initiative de Jacques Fournier, directeur des Itinéraires poétiques.