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Jacques Morin dans Texture 

Il s’agit d’un livre aux confins de la poésie et de l’art.
Livre d’art en effet avec les magnifiques reproductions de peintures d’Harris Xenos et recueil de poèmes choisis du grand écrivain grec Georges Séféris (1900-1971), Prix Nobel en 1963. Poèmes extraits de son œuvre complète, traduits par Marie-Cécile Fauvin et Catherine Perrel (édition bilingue), et composés dans la période comprise entre 1933 et 1946. La préface qui remet l’auteur dans les contextes historique, littéraire et personnel est signée Thanassis Hatzopoulos. Voilà pour l’appareil.
Ce qui demeure impressionnant dans la poésie de Georges Séféris, c’est la profonde assimilation de la mythologie qui est toujours partie prenante de son écriture et de son inspiration. Il en est le porteur, le vecteur, le référent, le dépositaire, le légataire… Sa poésie est imprégnée de ces idées archétypiques et elle transpire de personnages comme Elpénor, personnage secondaire de « l’Odyssée », ou le roi d’Asiné dans « l’Iliade », ou encore plus largement les statues de marbre.
Mais viennent se superposer à ce fonds, l’histoire propre du poète, et ses voyages de diplomate, ainsi que l’histoire mouvementée de son pays. Il est question d’îles, Santorin ou la Crète, et surtout de pierres, quel que soit le lieu. Deux dimensions essentielles viennent croiser ces divers éléments constitutifs de sa poésie : la mer et la lumière. La mer qui fait le lien entre l’antique et le présent, et la lumière qui éblouit le temps et asperge la vie : « Encore un peu / et nous verrons les amandiers fleurir / les marbres briller au soleil / la mer ondoyer… » Tous les poèmes cependant contiennent une pesanteur tragique, qu’on devine sans cesse au bord de la rupture…
« [les maisons] elles brodent sur le jour des volets de couleur et des portes brillantes. »
Il s’agit d’un livre aux confins de la beauté et de la gravité.

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