Copyright 2018

tous droits réservés

site créé par Alexis Réjasse

Maison de poésie

inscription à la newsletters

 Jean Palomba pour Terre à ciel

Ces mots si clair semés sont à lire double dès l’abord du texte séquencé par des encres aux reliefs entaillés, fissurés, à l’équilibre incertain et pourtant avides d’une harmonie donnée par le camaïeu multiplié des motifs.
Lecture ambiguë, en homophonie : Ces mots si clair semés / Ces mots si clairsemés.
Car il y a un double mouvement à l’œuvre sur l’ouvrage. La claire semence des mots qu’on voudrait prodigues en lendemains fertiles et la peur de la dispersion, l’éparpillement, la disparition. Des mots semés comme des graines, cousus, brodés comme des points aux tissus du texte et sur les feuilles prêtes à s’envoler au moindre souffle, la moindre expiration dans les trous de mémoire. Aussi des pierres de mots au chemin - traces espérées inaltérables malgré l’essence labile du vocabulaire.
Des graines, des points, des pierres, des pas, des rimes clair semés au gré de poèmes fluides, pour la plupart déroulés en courtes strophes. La recherche d’un fil d’Ariane fait de toutes ces perles aux formes changeantes, reliées entre elles par la vitale énergie du présent.
Également une voix contrastée s’entend à la lecture : de la comptine, la ritournelle à l’élégie. Une comptine fêlée, une élégie adoucie. Car, règne une stabilité des tons (comparables à celle des encres), pérennité de la confiance, de la confidence faites au lecteur, à la lectrice placé.e.s en haute estime. Un dialogue de haute beauté tout constellé de mots clair semés.
A la fin, c’est la foi en ce presque rien en exergue évoqué par Philippe Jaccotet qui demeure. Un presque rien, comme un pli, ce rêve au cœur caché en chaque vie, aussi sensible que le fantôme d’un membre mutilé. C’est aussi l’ombre portée, la silhouette en clair obscur de l’auteure qui résonne sous les paupières, une fois le livre refermé sur ses mots offerts, éclaircis à la mie de pain, estompés à la peau de chat-moi : « Approche-toi de l’aube / Là se délitent les ombres / là se lèvent les couleurs / Recueille en elle / la fluidité des formes / l’inachevé des jours / Et ces mots___si clair___semés ».