Maison de poésie

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Sans cesse, parle la voix. Parfois, nous feignons de l’écouter, quand bien même elle insiste et nous redevenons dociles, ne tirons plus sur la laisse. Sans elle, peut-être aurions-nous pu comprendre ce que dissimule le jour, poursuivre sans ce sentiment d’être dehors alors que nous sommes chez nous. Les yeux parcourent la table, enregistrent les livres posés dessus, les papiers divers qui la recouvrent, plus loin, sur la gauche, les évolutions des poissons rouges dans leur aquarium, plus loin encore, le chat dormant sur le canapé. Calme, la voix creuse ses galeries comme une larve de capricorne.

Un jour, cessera la voix et c’est bien évidemment que nous ne pourrons plus l’entendre, sans soi, sans les autres, nous serons bien, nous serons là, tranquilles comme une table, nulle question ne nous traversera le crâne, nous serons comme passés car il n’y a rien à voir. Nous écouterons encore parfois, mais le silence ne sera plus troublé par la voix, seulement par des bruissements de feuillages, des chants d’oiseaux, le souffle du vent.

 

Dans ce présent à la renverse, les heures comblent la fosse intérieure, à la dérive, nous nous égarons dans nos pensées pour sombrer corps et biens, même si nos mains baignant dans le soleil, pour un temps, finissent par s’effacer, elles-aussi, dans la mémoire de celui ou celle que nous étions.

 

Chaque chose devient le visage de l’attente qui sera toujours là et nous retrouve partout.

 

Le jour prend fin, mais jamais l’attente que l’on peut voir, le soir, au creux de mains tremblantes, éclore auprès des lampes.

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