Maison de poésie

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Mon mari m’a souvent dit en plaisantant que je ne verrais pas son corps si je le rencontrais, par hasard, couché, mort, au milieu du couloir.

Nul doute, disait-il en riant, que je l’enjamberais sans m’en rendre compte. Il disait qu’au meilleur des cas, je murmurerais une vague excuse, adressée à je ne saurais qui : j’ai reçu une éducation pointilleuse, il faut le remarquer.

« Oui, ajoutait-il en souriant malicieusement, tu aurais peut-être une impression étrange, celle d’avoir levé la jambe un peu haut ? Tu te retournerais alors : « Oh ! Toi ! », dirais-tu… Et tu ajouterais : « Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu dors dans le couloir maintenant ? »

On riait en imaginant la scène, moi un peu vexée, mais finalement pas tant que cela.

Mon mari me taquinait ainsi.

Et il est vrai que je suis tête en l’air. Je ne fais pas attention à grand-chose. Je plane un peu.

À propos de la mort – de sa mort surtout – il disait bien des choses, souvent en plaisantant. Il assurait qu’il mourrait avant moi, puisque les premiers à partir sont les meilleurs. Il l’affirmait de façon définitive et ce n’était pas sans m’irriter : qu’en savait-il ? A ce moment, il faut bien reconnaître que je ne comprenais plus la plaisanterie. Mon mari le disait très souvent, trop souvent, pensais-je, pour que ce ne fût qu’une plaisanterie : se croyait-il vraiment au-dessus de moi ? Pensait-il qu’il était meilleur que moi ? Je déroulais alors le tapis de mes griefs, il était immense, il n’aurait d’ailleurs pas tenu dans les limites du couloir, et, de surcroît, il s’ornait de motifs variés où je pouvais puiser à foison…

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