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Alerte

 

 

Elle est de ce côté du bureau, il est de l’autre. Elle le regarde. Il ne la regarde pas, il réfléchit, il écrit.



Cinq minutes avant elle était déjà là, à la même place. Il lui disait “La politique hospitalière a changé. On faisait un frottis chaque année et on a décidé que maintenant on n’en ferait un que tous les deux ans.”

 

En souriant elle lui avait dit “Alors cette année je vais y échapper !”, contente comme une élève qui voit disparaître la menace d’un contrôle.

Deux minutes après, les jambes dans les étriers, elle avait retrouvé cette impression toujours humiliante et le “Décontractez-vous bien”, an-nonçant le contact glacé du spéculum. Enfin plus que quelques secondes, plus qu’à se rhabiller, et tranquille pour une année !

Elle a eu l’impression que ça durait plus long-temps, qu’il était plus attentif, et il a dit “Je crois qu’on va faire un frottis.”

Seulement ça.

Elle aurait pu poser des questions, elle ne sait pas pourquoi mais elle n’a rien dit. Elle n’a pas eu vraiment peur, simplement une petite lampe s’est mise à clignoter quelque part dans sa tête.



Maintenant elle est là, elle sourit comme tout à l’heure. Elle le regarde, il réfléchit, et il écrit sur le bordereau qu’il joindra au prélèvement.

Elle note qu’il écrit bien pour un médecin. C’est long.

Alors elle dit “Il y a beaucoup de naissances en ce moment ?  

Pas mal.”

Elle dit “C’est le beau côté de votre métier”.

Il relève enfin les yeux et esquisse un sourire.



Et puis il lui tend le papier à remettre au secrétariat, il lui dit qu’elle aura les résultats dans une dizaine de jours.

Elle est toujours souriante, mais dans sa tête la petite lampe n’a pas fini de clignoter.

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