Maison de poésie

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Attablé dans l’arrière-salle d’un café de quartier, j’aime sentir le temps couler. L’observation des autres aiguise mon esprit. En vérité, je ne perds jamais ce temps mis entre parenthèses. J’absorbe les images de la vie en savourant la boisson que j’ai choisie. Jamais la même. J’ai pris cette habitude il y a longtemps. À une époque, je cherchais un moyen de me raccrocher au monde. Tout était bon pour distraire mon vague à l’âme. Le bruit et la promiscuité des cafés me convenaient. Je goûtais le passage des consommateurs, leurs regards, leurs fugaces apparences. Plus tard, je reconstituais un puzzle de visages imprimés dans ma mémoire, afin de prolonger l’instant pendant lequel ils avaient diverti ma tristesse.

Les fins d’après-midi sont propices à ces retraites. L’agitation du soir, la sortie du travail, le rendez-vous des habitués, ne troublent pas ces lieux de rencontre. Tous les bistrots se ressemblent.

Ce jour là je me suis assis, j’ai bu un café, une bière et un verre d’eau minérale. Il était environ cinq heures du soir. Dehors le soleil déclinait. Il enveloppait les toits alentour et les baignait d’une lumière mordorée qui pénétrait dans la salle. Les rideaux de voile étaient aussi gris que l’immeuble qu’on apercevait en transparence. Vers le bar au loin on entendait les bruits intempestifs d’un billard électrique.

Une femme entra dans la salle. Elle s’installa en face de moi. Tout d’abord, je ne prêtai pas attention à son visage. Je le découvris, après qu’elle eut abaissé son col et déboutonné le haut de son manteau. Son visage me rappelait une photo publicitaire pour une marque de parfum. Un nez pointu, un faux air persan, quelques taches de rousseur, un grand front légèrement bombé. La profondeur de son regard vert d’eau me fascinait. Distinguait-elle les choses ?

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